On se doute bien que l'idée d'un tel remake a certainement dû être galvanisée par le succès de ceux de Resident Evil. Ubisoft a dû penser qu'il y avait une carte à jouer, et il n'a pas tort. Dans un contexte où l'éditeur est en difficulté, il est presque naturel de vouloir capitaliser sur les valeurs sûres. Assassin’s Creed Black Flag étant resté le jeu le plus vendu de la licence avant l'arrivée d'Origins, ce n'est donc pas surprenant.

C'est aussi, et surtout, le moment idéal pour la franchise de repartir sur de nouvelles bases, sans tourner le dos à son passé pour autant. Assassin's Creed est au-devant de nouvelles évolutions. La licence change de crémerie après la restructuration de l'éditeur et elle fait également évoluer sa trame de fond, le scénario de science-fiction qui l'a portée jusqu'ici. Toutes les planètes sont donc alignées pour sortir un remake et, après plusieurs dizaines d'heures sur ses eaux, ça apparaît finalement comme une évidence.

Le grand retour d'Assassin's Creed Black Flag

En ce qui concerne la nécessité de faire un remake d'Assassin's Creed Black Flag, chacun pourra y aller de sa propre appréciation. Mais on peut facilement comprendre pourquoi celui-ci a été fait. Ça saute aux yeux dès que l'on retourne dans cette région des Caraïbes, plus belle que jamais. Assassin's Creed Black Flag était en réalité une sorte de précurseur à son époque. Avec le recul, et surtout en y rejouant, il peut être vu comme un vaste aperçu de ce qu'allait devenir la licence des années plus tard. Le monde y est bien plus grand, on a davantage d'activités à faire, la dimension light RPG commence à s'affirmer timidement et la durée de vie est copieuse.

Là-dessus d'ailleurs, il n'y aura pas de refonte majeure, le remake ne fait qu'embellir ce qui était déjà présent, corrige quelques aspérités de l'époque, fignole deux ou trois points pour rendre le tout plus moderne. Les principales retouches ne viendront finalement que l'aligner parfaitement avec la nouvelle métahistoire amenée avec Assassin's Creed Shadows, et le fameux HUB qui connecte désormais tous les jeux de la licence.

©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Des changements dans la métahistoire et du contenu en moins

Vous pouvez donc oublier les passages dans le présent hors de l'Animus qui venaient en quelque sorte clôturer les grands arcs narratifs du jeu tout en détaillant sa propre trame. Il n'y a plus de segmentation, ici, la méthode a changé. L'Animus est toujours présent, on retrouve les anomalies, les fragments de codex à récolter, quelques points d'intérêt qui viendront agrémenter l'encyclopédie à la fois du jeu et de l'Histoire. Le monde moderne s'invitera également dans les fameuses failles, récemment incorporées dans la licence, qui permettent ici d'en apprendre davantage sur Edward et de découvrir des scénarios alternatifs, tout en proposant des défis et des récompenses uniques.

À titre personnel, je suis de ceux qui se sentaient déconnectés de l'immersion dès que l'on devait quitter l'Animus. J'ai toujours préféré me plonger pleinement dans les récits uchroniques que dans les trames bien trop sérieuses, et toujours trop survolées, se déroulant à l'époque moderne. C'est avec une joie non dissimulée que j'ai redécouvert cet Assassin's Creed Black Flag, dans ce qui est, selon moi, sa meilleure version, la plus aboutie et, surtout, la plus immersive. Ça ne dessert en rien son aspect science-fiction, qui gagne même ici en mysticisme, ce qui est d'autant plus intéressant, mais il faut oublier le reste de la narration.

Comme annoncé au préalable, ce remake se contente également de retoucher le jeu originel, mais pas son DLC Freedom Cry, pourtant ultra apprécié par les fans. Une déception que l'on espère ne pas voir revenir sous la forme d'un DLC payant à l'instar de ce qui a été fait avec Resident Evil 4 Remake et Separate Ways.

Test d'Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
Jouer les pirates nous avait manqué ! ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Des nouveautés bienvenues

On peut donc profiter pleinement de l'univers d'Assassin's Creed Black Flag et de son ambiance unique. Ce bon vieux Edward Kenway est toujours le vil pirate qu'il était, avide de richesse et à la moralité toute relative. Ce n'est que par le fruit du hasard et de la cupidité qu'il se retrouvera sur le chemin de la célèbre confrérie. Et il lui faudra toujours autant de temps pour se construire, atteindre une certaine forme de sagesse. Un voyage qui se fera dans la douleur durant des années, ce qui représentera plusieurs dizaines d'heures en ligne droite pour les joueurs.

La narration et l'écriture du personnage n'ont pas changé, c'est donc à prendre avec ses forces et ses faiblesses de l'époque. On aurait pourtant pu croire qu'Ubisoft en aurait profité pour faire un gros travail sur le fond, mais ce n'est pas le cas. Il y aura tout de même quelques scènes et cinématiques inédites, mais aussi du nouveau contenu. À la volée, on peut citer quelques contrats navals et d'assassinat, un lot de missions permettant de recruter de nouveaux personnages, et une petite surprise en fin de jeu pour étendre davantage l'aventure. Un vrai plus qui ne va cependant pas bouleverser l'expérience déjà archi-complète que l'on a connue 13 ans auparavant.

La bonne nouvelle, c'est que ces ajouts sont souvent tellement bien imbriqués qu'il est parfois difficile de les dissocier de ce qui était déjà là, à moins que vos souvenirs soient récents. Pour autant, on aurait peut-être aimé que certaines choses changent. Quelques séquences, notamment des dialogues ou des cinématiques, auraient peut-être mérité davantage d'attention ou des retouches plus profondes, notamment dans leur mise en scène. Ça sent souvent le réchauffé, et la découpe de la mise en scène donne un aspect un peu old school malgré la refonte visuelle. Et ce sentiment, on le ressentira également au niveau du gameplay, même si là encore le travail est colossal.

©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Le remake d'Assassin's Creed Black Flag tente le parkour 2.0 ou presque

À l'époque, Assassin's Creed Black Flag proposait un gameplay un peu plus dynamique qu'auparavant, mais toujours fermement ancré dans le crédo des jeux précédents. Depuis, Origins, Valhalla, Odyssey et Shadows sont passés par là. Le remake prend donc son envol en rendant son héros bien plus agile, et surtout en offrant  une approche de l'infiltration et du parkour beaucoup plus libre. Là encore il se dégage une étrange sensation, comme si le jeu n'était ni prêt à épouser pleinement ces nouveautés de gameplay, ni qu'il se refusait à reprendre ce qui avait fait le succès de l'original. Le parkour est donc plus libre et forcément plus fluide, mais bien moins permissif que dans les récents jeux, ce qui occasionne des imprécisions frustrantes.

On peut remarquer les « couloirs de parkour », comme à l'époque, où tout s'aligne parfaitement pour nous permettre d'enchaîner les performances acrobatiques, que ce soit une branche couchée, des tonneaux parfaitement positionnés, les arbres en V, etc. Et comme Edward est capable de crapahuter à bien plus d'endroits qu'avant, il arrive souvent qu'il rate ses prises, celles que l'on visait en tout cas, pour s'accrocher non loin de notre cible. Ça donne également un level design qui manque parfois de naturel et de surprise, même si des efforts sont faits pour essayer de le masquer à grand renfort de végétation et d'une multitude de nouveaux détails dans l'environnement.

Edward est plus agile que par le passé ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

L'infiltration en dessous des attentes à cause de l'IA

Une nouvelle liberté qui ne fait pas que du bien à l'infiltration non plus puisque si les opportunités d'approches sont bien plus nombreuses, l'IA semble être restée bloquée en 2013, sans compter que plusieurs fonctionnalités de l'époque sont désormais désuètes. Si l'on peut par exemple saluer le fait qu'il soit possible de se fondre dans la foule, de faire appel à des femmes de joie ou des mercenaires pour faire diversion, on n'en a tout simplement pas besoin. Ce n'est plus qu'une option, là où c'était parfois une nécessité. Edward peut également s'accroupir à volonté et donc, profiter de chaque relief ou de la moindre végétation pour se cacher, sans compter que la pluie ou encore la nuit masquent aussi la visibilité.

Les moyens ne manquent pas pour se planquer, et le souci c'est que l'IA ne s'est visiblement pas adaptée. Les ennemis sont bêtes à manger du foin, ne percutent pas quand l'un d'eux manque à l'appel, ne réagissent pas aux flaques de sang et ont un temps de réaction ridiculement lent. Il faudra pousser la difficulté pour commencer à rencontrer un minimum de challenge, mais même avec ça on aura vite fait de faire le ménage comme une furie et sans un bruit.

Test d'Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
La « vision de l'aigle » est la même que dans Assassin's Creed Shadows, et c'est bien trop efficace ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Des affrontements plus percutants et dynamiques

Dans le pire des cas, tout finira en affrontement, mais là aussi Edward est bien plus souple que par le passé et conjugue les mises à mort de l'époque au dynamisme des jeux récents, ce qui le rend redoutable. Armé de ses deux sabres, d'une collection de pistolets et de plusieurs outils mortels, comme la nouvelle dague sur corde faisant office de grappin pour attraper nos adversaires, notre pirate est un tueur né. Les ennemis ont eux aussi pris du grade et sont plus retors que dans le jeu d'origine. On retrouve toujours les archétypes comme les duellistes, les tireurs ou encore les brutes épaisses et ces derniers se défendent très bien.

Si l'IA est amorphe lorsqu'on est en infiltration, elle s'adapte en combat. Impossible de répéter sans cesse les mêmes coups, il faudra utiliser tout ce que l'on a pour briser leur garde et les exécuter. Cela reste très abordable en termes de difficulté, mais les sensations sont excellentes et le sang voltige facilement ce qui rend le tout viscéral et surtout très graphique. Les exécutions sont en particulier très visuelles et jubilatoires, dommage qu'elles ne soient pas plus nombreuses. Malheureusement, comme confirmé bien en amont, il est impossible de se battre avec les lames secrètes lors des combats, il faudra se contenter des sabres. Ces dernières sont toutefois utilisées fréquemment lors de certains coups finaux efficaces.

Test Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
Les exécutions sont vraiment sanglantes ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Mon bateau, le plus beau des bateaux

Évidemment, Assassin's Creed Black Flag ne serait pas ce qu'il est sans son Jackdaw, le navire d'Edward. Les batailles navales sont relativement identiques à ce que l'on connaissait jusqu'ici, et ridiculisent d'ailleurs un certain Skull & Bones, qui n'aurait pas su apporter autant de jouissance à ses combats. Notre navire peut toujours être amélioré et l'on pourra même recruter de nouveaux personnages pour débloquer des compétences inédites. Partir à l'assaut d'autres bâtiments, parfois des colosses légendaires, piller les trésors, recruter l'équipage dans sa flotte… jouer les pirates n'aura jamais été aussi grisant.

C'est toujours un plaisir que de voguer en mer, d'autant que le remake gère bien mieux les évènements dynamiques, et la vie sur l'océan. On ne s'ennuie pas, on prend même un vrai plaisir à naviguer, si bien que l'on aura vite fait d'oublier les déplacements rapides, même si l'on doit faire 10 kilomètres à travers les vagues. Et il n'y a de toute façon rien de mieux que partir en mer pour profiter du spectacle visuel que propose le moteur Anvil.  

Test Assassin's Creed Black Flag Remake ©Jérémy.H
Le Légendaire Jackdaw d'Assassin's Creed Black Flag est plus beau que jamais ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Beau de loin, mais pas toujours de près

Le gameplay n'est pas le seul changement majeur de ce remake. Assassin's Creed Black Flag Resynced ne pourrait pas prétendre en être un sans une refonte graphique intégrale. Visuellement, tout a changé et c'est souvent superbe. Un très gros travail a été fait sur les couleurs et les jeux de lumière, magnifiquement mis en valeur par le ray tracing. Le vaste océan est sublime, chaque île à visiter est un petit coin de paradis sur lequel on se verrait bien échouer. Cerise sur le gâteau, la carte regorge de nouveaux lieux à explorer. La redécouverte n'en sera que plus belle pour les vieux briscards.

Les panoramas sont à couper le souffle la plupart du temps et on a très vite fait de lancer le mode photo pour immortaliser un coucher de soleil, une attaque de bateau en pleine tempête ou une pluie torrentielle à la nuit tombée. Une certaine mission nocturne dans les marais illustre parfaitement ceci, avec son ambiance unique alors que la lune est filtrée par la mangrove et une légère brume. Le reflet argenté qui caresse l'eau, les yeux brillants des crocodiles... tout y est. Le jeu a le chic de réussir à créer de vrais instants artistiques, poétiques, voire même cinématographiques.

Il peut d'ailleurs compter sur une météo dynamique et un cycle jour/nuit pour embellir l'ensemble et rendre notre aventure unique. Ce sont des fonctionnalités très réussies, à n'en pas douter, mais on ne peut pas s'empêcher de les comparer à celles de Shadows, qui fait clairement mieux. Le remake va bien moins loin que son grand frère dans la gestion de la pluie ou du vent notamment, et c'est vraiment dommage puisqu'on était à deux doigts de prendre une claque monumentale.

Test Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
L'ambiance est incroyable ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

J'ai aussi un gros coup de cœur personnel pour les fonds marins qui troquent leur réalisme contre des compositions de carte postale subaquatique. C'est sublime et fascinant, si bien qu'il est dommage qu'il n'y ait pas davantage de grosses structures à explorer. Ubisoft pouvait parader comme un paon en nous affirmant que l'on pouvait plonger où bon nous semblait, il avait cependant omis de dire que l'on est systématiquement désynchronisé si l'on essaye de plonger trop profondément. Les fonds marins existent, oui, mais il est par exemple impossible d'atteindre un lieu de plongée dans la fameuse cloche et il n'y a pas grand-chose à découvrir là où il est possible de nager parmi les coraux, hormis autour des îles bien entendu.

Artistiquement, Black Flag est très beau, mais si l'on veut être pointilleux, et on va l'être, il y a des soucis techniques. Si on se laisse envahir par la multitude de détails, et ses effets de lumière chatoyants, le subterfuge fonctionne à merveille. Mais dès que l'on s'approche d'un visage, on déchante un peu. On le voit lors des cinématiques, la modélisation des personnages ou de certains habits n'est pas à la hauteur des attentes. Il se dégage même un sentiment de ravalement de façade un peu raté lorsque la synchronisation labiale part en sucette, ce qui est fréquent avec la langue de Molière. Ça manque un peu de peaufinage pour vraiment faire partie des meilleures de sa catégorie, on sait d'office que des mises à jour seront déployées, mais en l'état difficile de passer outre, on était en droit d'attendre un peu mieux.

Test Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
Je pourrais nager pendant des heures dans Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H " KiKitoes " pour Gameblog

Le remake d'Assassin's Creed Black Flag est ambitieux, mais rate de peu une occasion en or 

Outre ces quelques écueils techniques, Assassin's Creed Black Flag Resynced manque finalement de surprises. Il ne va pas vraiment en profondeur là où il aurait pourtant pu sortir du lot et proposer quelque chose d'encore plus moderne. Le jeu ne change pas ses fondamentaux vieux de plus d'une dizaine d'années, mais vient y greffer plusieurs nouveautés. Il se dégage alors une étrange sensation difficilement explicable, comme un petit manque d'ambition finalement ou peut-être de finition qui n'aura de cesse de venir nous chatouiller les narines comme l'air marin.

Aucune nouveauté inédite, hors toute la partie technique, n'est suffisamment marquée et unique au point de revisiter réellement les bases même du jeu. C'est là toute la différence avec des remakes comme ceux de Resident Evil qui conservent l'essence du jeu tout en le revisitant entièrement. C'est ce que l'on aurait aimé retrouver dans cet Assassin's Creed Black Flag Resynced qui, pour les néophytes, risque d'apparaître comme un bon jeu, un très bon jeu même, beau, complet et intéressant, mais qui reste quelque part assez vieillot. 

La bonne nouvelle, c'est qu'en conservant tous les aspects du jeu d'origine, ça nous permet de profiter d'une expérience bien plus directe que les récents épisodes de la franchise. Assassin's Creed Black Flag Resynced va à l'essentiel, il ne se perd pas dans une arborescence de contenus gadget puisque même ses missions secondaires sont bien imbriquées et la collection de trésors et autres collectibles, colle parfaitement au thème de la piraterie et à la soif de richesse d'Edward. Ça fonctionne toujours aussi bien.

Il n'y a pas non plus de développement poussé du personnage, de niveau d'XP ou encore de gestion de points de compétences… Les seuls aspects RPG résident dans la gestion de notre flotte que l'on pourra envoyer en mission, notre propre navire, quelques bricoles à fabriquer pour améliorer la capacité de certains équipements, et une base à développer pour accueillir nos pirates et déverrouiller quelques fonctionnalités, rien de plus et c'est très bien comme ça.

Test Assassin's Creed Black Flag Resynced ©Jérémy.H
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